by Pierre Peuchmaurd

Ciels pommelés de l’amour

mais méfie-toi dans l’escalier

il y a des chiens des loups des orgues

et une girafe sur chaque palier

Méfie-toi des chaises

les chaises sont des étoiles filantes

et méfie-toi du buis dans le jardin,

de l’odeur sourde du buis

méfie-toi du lit où s’enfouit

l’odeur sourde du buis

Méfie-toi des éléphants, ils trempent énormément

et méfie-toi des écolières

qui rangent des choses dans des tiroirs

Méfie-toi des greniers

de leurs températures

da la paille qui y couve le feu des filles trompées,

matelas mannequins et prophéties

méfie-toi des greniers

Méfie-toi des miroirs méfie-toi des eaux roses

des salons et des lacs qui cachent des abattoirs

méfie-toi des baignoires

des baleines de plastique et des iguanodons

méfie-toi du remords au fond des lavabos

méfie-toi des piscines orangées et sucrées

tapissées de renardes

Méfie-toi des cuisines où vont les pharaons

méfie-toi des remises et des brasiers de fraises

des armoires, des penderies et méfie-toi du linge

Spécialement, méfie-toi du linge jaune de l’été

dans la nuit des penderies

Méfie-toi des orages et des orangs-outans

méfie-toi des rideaux

des basses-cours sous la pluie

et des gros dindons porteurs de catastrophes

méfie-toi terriblement des clapiers,

des clapiers et des guéridons

Méfie-toi des tableaux, surtout des natures mortes

et surtout des portraits surtout des paysages,

méfie-toi des bisons porteurs de dindons mous

porteurs de catastrophes

Méfie-toi des lampes des profils des couloirs,

garçons et scarabées y parlent des langues profanes

et quelquefois sacrées

qui font rougir les choses

Méfie-toi des choses qui rougissent

et du cassis au fond des verres

Méfie-toi des bibliothèques, des livres dérobés

descendant vers les caves

ah ! méfie-toi des caves,

de la lèpre et du vin

du vent factieux des caves

Méfie-toi des serres, les aigles y poussent les fleurs y volent

méfie-toi de l’élevage

on a vu des génisses dans la chambre du père

Méfie-toi des commodes

et des têtes de mésanges

et méfie-toi du puits dans l’herbe

Méfie-toi des tuiles du toit

la nuit les tuiles s’envolent, vont rejoindre le jour

Méfie-toi des éponges des boîtes à lait et des imitations

méfie-toi du magnétoscope ne te sers pas du téléphone

méfie-toi des armures et des bêtes empaillées

et des femmes empaillées

et méfie-toi des courants d’air

Méfie-toi des granges aux pendus fatalistes

redoute beaucoup les palefreniers, donc méfie-toi des écuries

méfie-toi des pianos à la queue préhensile

méfie-toi des divans des lions et des tortues

et des Galapagos,

c’est un autre climat

Méfie-toi bien du planisphère, des poudriers

et des romans ouverts à la page des chaises longues,

méfie-toi de ce châle ce n’est pas un hasard

Méfie-toi de l’ascenseur,

normalement il n’y en a pas

Méfie-toi des couteaux des fourchettes des desserts

ne reprends pas de dessert

méfie-toi des lunettes oubliées sur la dune

et s’il n’y a pas de dune méfie-toi de la mer

Méfie-toi de la peur

méfie-toi du garage, c’est là qu’ils vont t’attendre

méfie-toi du matin,

du soir de l’encre et du printemps

Et méfie-toi des ciels pommelés



by Pierre Peuchmaurd

O the dappled skies of love

but beware in the stairway

there are dogs wolves pipe organs

and a giraffe on each landing

Beware the chairs

chairs are shooting stars

and beware the box tree in the yard,

the deaf cry of the box tree

and beware the bed where

the deaf cry of the box tree goes to hide

Beware the elephants, they’re all trunk

and beware the schoolgirls

who hide things in drawers

Beware of attics

of their heat

of the straw covering the fire of scorned girls,

mattresses mannequins and prophecies

beware of attics

Beware of mirrors beware the pink waters

of living rooms and lakes that hide slaughterhouses

beware of bathtubs

of plastic whales and iguanodons

beware remorse deep inside the sink

beware the candied orange swimming pools

overlain with she-foxes

Beware the kitchens where pharaohs go

beware of the garden shed and the strawberry furnace

of closets, wardrobes, and beware the wash

Specifically, beware the yellow wash of summer

in the dark night of wardrobes

Beware of monsoons and monkeys

beware the curtains

the barnyards in rain

fat limp turkeys that carry disaster

Beware especially of rabbit hutches,

rabbit hutches and pedestal tables

Beware of paintings, especially still lifes

especially portraits especially landscapes,

beware bison that carry limp turkeys

that carry disaster

Beware of lamps of silhouettes of hallways,

boys and scarabs speak there in cursed tongues

and sometimes sacred tongues

that make all things blush

Beware things that blush

and cassis at the bottom of glasses

Beware libraries, stolen books without jackets

walking into cellars

O beware of cellars,

of leprosy and wine

of turbulent cellar winds

Beware of greenhouses, eagles grow there flowers fly

beware of  livestock

heifers were spotted in the father’s room

Beware of dressers

and the heads of chickadees

and beware the well in the grass

Beware of roof tiles

at night the tiles fly off in search of day

Beware of sponges pitchers of milk and replicas

beware of the VCR and avoid using the telephone

beware of armor and taxidermied creatures

and taxidermied women

and beware of drafts

Beware of barns and the fatalist men hanging there

be very afraid of grooms, and therefore beware of stables

beware pianos and their prehensile tails

beware of couches of lions of turtles

and of the Galapagos,

it’s another climate

Beware especially of planispheres, of compact powder

and of novels left open on that page with the chaise lounge,

beware that shawl (it’s no coincidence)

Beware the elevator,

there usually isn’t one

Beware knives forks and desserts

don’t get a second dessert

beware the eyeglasses forgotten on the dune

and if there is no dune beware the sea

Beware of fear

beware the parking lot, that’s where they’ll be waiting for you

beware of morning,

of evening of ink and springtime

And beware the dappled skies


translated from French by E.C. Belli